Tirade (du nez)

Par Alicia Mâzouz et Camille Porodou

 

DEFINITION :

La contrainte de la tirade (du nez) mobilise des dispositions juridiques sans nécessité de liens apparents entre elles sous la forme d’une tirade.

APPLICATION :

 

L’application s’appuie sur la structure de la célèbre tirade du nez de Cyrano de Bergerac. Les dispositions mobilisées sont toutes issues du Code civil. La ponctuation originaire du texte a été conservée.

« Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !

On pouvait dire sur le droit civil bien des choses en somme.

En variant le ton, – par exemple, tenez :

Agressif : La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements ! (article 544)

Amical : En fait de meuble la possession vaut titre ! (article 2276 alinéa 1)

Descriptif :  Tout français jouira des droits civils ! (article 8)

Curieux :  Les restes des personnes décédées, y compris les cendres de celles dont le corps a donné lieu à crémation, doivent être traités avec respect, dignité et décence (article 16-1-1)

Gracieux :  Les mots « meubles meublants » ne comprennent que les meubles destinés à l’usage et à l’ornement des appartements, comme tapisseries, lits, sièges, glaces, pendules, tables, porcelaines et autres objets de cette nature  (article 534 alinéa 3)

Truculent :  Tout propriétaire doit établir des toits de manière que les eaux pluviales s’écoulent sur son terrain ou sur la voie publique ; il ne peut les faire verser sur le fonds de son voisin ? (article 681)

Prévenant :  La solidarité est légale ou conventionnelle ; elle ne se présume pas ! (article 1310)

Tendre :  Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens ! (article 514-4)

Pédant : Les atterrissements et accroissements qui se forment successivement et imperceptiblement aux fonds riverains d’un cours d’eau s’appellent « alluvions » ! (article 556 alinéa 1er)

Cavalier : A la suite du divorce, chacun des époux perd l’usage du nom de son conjoint ! (article 264)

Emphatique :  Le juge qui refusera de juger, sous prétexte du silence, de l’obscurité ou de l’insuffisance de la loi, pourra être poursuivi comme coupable de déni de justice ! (article 4)

Dramatique :  Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance ! (article 212)

Admiratif :  La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ! (article 16)

Lyrique :  Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer (article 1240)

Naïf :  Chacun a droit au respect de sa vie privée (article 9 alinéa 1er)

Respectueux :  L’obligation qui lie plusieurs créanciers ou débiteurs se divise de plein droit entre eux ! (Article 1309 alinéa 1er)

Campagnard :  Les pigeons, lapins, poissons, qui passent dans un autre colombier, garenne ou plan d’eau visé aux articles L. 431-6 et L. 431-7 du code de l’environnement appartiennent au propriétaire de ces derniers, pourvu qu’ils n’y aient point été attirés par fraude et artifice ! (article 564)

Militaire :  La loi ne dispose que pour l’avenir ; elle n’a point d’effet rétroactif ! (Article 2)

Pratique :  L’enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari ! (Article 312)

Assurément, Monsieur, ce sera le gros lot ! Enfin, parodiant Pyrame en un sanglot :
Le voilà donc ce droit qui sous la plume de son auteur

Tente d’enterrer l’émotion

Il en rougit, le traître ! – Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit : Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres Vous n’avez que les quatre qui forment le mot : juge ! Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il fautPour pouvoir là, devant ces nobles galeries, Me servir toutes ces folles plaisanteries,Que vous n’en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d’une, carMoi législateur, je me les sers moi-même, avec assez de verve Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

COMMENTAIRE :

La contrainte de la tirade est née d’une réflexion relative à la contrainte « émotions ». Et si les textes du droit pouvaient être utilisés pour désigner des émotions, des états intérieurs ? Ils deviendraient alors des outils pour apostropher : tel Cyrano, le ou la juriste prendrait son fleuret pour piquer les esprits de sa pointe juridique.